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Promenons Nous Dans Les Bois Film Critique Essays

Critique de Into The Woods – Promenons-nous dans les Bois, comédie musicale Disney enchanteresse qui revisite les personnages familiers de contes de fée avec un twist sombre.

Synopsis officiel

À travers un regard résolument moderne et décalé, INTO THE WOODS revisite les plus célèbres contes de fées. Les intrigues de plusieurs histoires se croisent afin d’explorer les désirs, les rêves et les quêtes de tous les personnages. Cette comédie musicale aussi enjouée qu’émouvante suit Cendrillon, le Petit Chaperon Rouge, Jack et le haricot magique et Raiponce, tous réunis dans une histoire originale où interviennent également un boulanger et sa femme qui espèrent avoir un enfant, et une sorcière qui leur a jetés un mauvais sort…

Un voeu qui coûte cher

Into The Woods – Promenons-nous dans les Bois c’est l’adaptation d’une célèbre comédie musicale de Broadway. En gestation depuis des années, la comédie musicale de Stephen Sondheim voit enfin le jour sur grand écran sous la caméra de Rob Marshall. Le film suit l’histoire d’un boulanger (James Corden) et de son épouse (Emily Blunt) qui désirent un enfant mais une malédiction lancée sur leur famille par la sorcière les empêche de réaliser leur souhait. Il y a des années, le père du boulanger a eu le malheur de défier la Sorcière (Meryl Streep). Elle lui a enlevé son enfant et lui a lancé un sort de stérilité. Pour pouvoir lever la malédiction, la Sorcière va leur demander de trouver certains ingrédients en 72 heures : Une vache blanche comme le lait, des cheveux blonds comme les blés, une cape rouge sang et un soulier aussi pur que l’or. Le boulanger et sa femme vont donc partir dans cette quête dans les bois. Ils croiseront Cendrillon (Anna Kendrick), le Prince Charmant (Chris Pine), le Petit Chaperon Rouge, le jeune fermier Jack ou encore Raiponce enfermée dans sa tour.

Ils se marièrent… mais ne sont pas si heureux

Le film est une belle surprise. Into the Woodc’est l’après, ce qu’il se passe après le “ils se marièrent” parce que dans la réalité, les gens ne vivent pas pour toujours, n’ont pas forcément beaucoup d’enfants et ne sont pas toujours heureux. Le côté sombre est plutôt intéressant, c’est une prise de position plus réaliste sur les contes auxquels on est habitués. Le film renvoie à des séries récentes comme Once Upon A Time ou Grimm qui revisitent aussi les contes de fées. L’intention est la même avec des personnages familiers à qui on donne une nouvelle histoire. On donne un autre point de vue qui esr de dire que dans la vie, tout n’est pas tout blanc ou tout noir et que parfois les gens meurent. Les contes originaux des Frères Grimm sont très violents et très sombres et Into The Wood se rapproche un peu de ça tout en restant regardable par les plus jeunes. Mais le film garde des moments douloureux comme les demi-soeurs de Cendrillon qui vont jusqu’à se couper les orteils ou les talons pour entrer dans le soulier.

Des princes pas si charmants

Depuis quelques années maintenant, on sent que Disney veut donner une autre image des femmes, de ne plus en faire des demoiselles en détresse qui n’attendent que leur prince. Le film offre une perspective réaliste des relations homme/femme et montre que les hommes ne sont pas parfait et Cendrillon va l’apprendre à ses dépens. Le prince est charmant mais il est loin d’être un gentleman comme il le dit lui-même il a été “élevé pour être charmant, pas sincère”. Cependant, le film possède des petits moments assez grotesques, qui forcent le trait, surtout avec les deux princes qui finissent par être ridicules. A trop vouloir faire du “Girl Power” on finit par rendre les hommes idiots, mauvais ou sans intérêt. C’est limite mais ça a le mérite d’apporter des rires au milieu de ce film qui est loin d’être un conte de fée idyllique sans encombre.

Des talents indéniables

Le casting du film est fabuleux à l’exception d’un ou deux acteurs. Le personnage du Loup est probablement le pire personnage du film. Johnny Depp est très peu présent dans le film mais le Loup donne une impression très malsaine, presque de prédateur pédophile plutôt qu’un loup affamé. C’est un peu le point noir du film. Depuis quelque temps, Johnny Depp devient une caricature de lui-même et c’est dommage. Le reste est exceptionnel que ce soit dans le jeu ou dans la chanson. Anna Kendrick, dont le talent de chanteuse n’est plus à prouver, brille dans le film. Bien évidemment Meryl Streep défie toutes les lois et Emily Blunt est une jolie surprise. N’oublions pas les deux jeunes Lilla Crawford et Daniel Huttlestone qui sont aussi très talentueux. Et si James Corden n’était pas forcément le choix le plus évident, il est plutôt bon. Son personnage est le seul homme au-dessus du lot dans le film.

Into the Woods est donc à voir. Les décors sont sublimes, les costumes aussi, les chansons font partie intégrante de l’histoire et s’assimilent complètement sans jamais arrêter l’action. Et visuellement, le film est magnifique.

Bande-annonce

Crédits images ©Walt Disney Company

Aïssatou Loum

À l’heure où le Président des Etats-Unis s’en prend aux journalistes, à l’heure où la défiance du public envers cette profession est des plus virulentes, il ne fallait pas moins que Steven Spielberg – accompagné de Meryl Streep et Tom Hanks – pour s’ériger en grand défenseur de la presse à travers un film monumental et indispensable.

Pentagon Papers (The Post en VO) suit les journalistes et patrons du Washington Post en 1971 alors que la Maison Blanche est occupée par Nixon. Lorsque le scandale des Pentagon Papers éclate (des dossiers confidentiels montrant que des gouvernements américains successifs ont menti sur la guerre du Vietnam depuis des décennies), commence alors une rixe entre le gouvernement et la presse – juste avant le Watergate.

L’Histoire pour comprendre le présent

« C’est en connaissant le passé qu’on peut comprendre le présent ». Ce vieux dicton n’a jamais paru plus vrai qu’aujourd’hui. Si Pentagon Papers est plein de choses, il est avant tout un film sur le journalisme, sur l’importance de ce corps de métier. Le film rend profondément hommage à la profession, tout en tirant un portrait d’une Amérique des années 70 rongée par la guerre du Vietnam qui s’éternise et, pour la première fois, dont elle n’est pas victorieuse moralement. Lorsque le rédacteur en chef du Washington Post, Ben Bradlee (Tom Hanks), réussit à obtenir le fameux rapport incriminant le gouvernement américain, il revient à la directrice du journal Kay Graham (Meryl Streep) de le publier ou non. Spielberg pose la question fondamentale non seulement de la liberté de la presse, de la liberté de publier, mais surtout de la vérité, des faits. « La presse doit répondre aux gouvernés et non aux gouvernants » clame un juge. Et effectivement, à l’heure des fake news, d’un Président américain qui traîne des grands médias dans la boue, ces questions nous interrogent, nous font remettre en cause la société. Car si « la presse est le premier brouillon de l’Histoire » elle n’en reste pas moins le témoin et l’un de ses acteurs primordiaux.

Mais Pentagon Papers est plus que cela. C’est aussi une oeuvre profondément féministe. Loin des clichés et loin de faire dans le politiquement correct, le film dresse le portrait de Kay Graham : lorsque son mari, Arthur Graham, directeur du Post, se suicide, elle prend sa place et occupe une place qu’elle n’aurait jamais imaginé occuper. Entourée d’hommes, elle est malmenée, comme si elle était transparente. Son avis vaut moins que les autres, elle n’a pas sa place parmi eux. Non seulement Pentagon Papers décrit une société profondément inégale mais résonne aussi fortement avec l’actualité. À travers ce personnage, Spielberg décrit l’émancipation des femmes et érige en héroïne cette femme qui a eu le courage phénoménal de publier le rapport, malgré des enjeux énormes.

Un grand film de Spielberg

Pour renforcer son message, Steven Spielberg tourne pour la première fois avec Meryl Streep. Si l’actrice brille par son talent depuis des décennies (elle détient le record de nominations aux Oscars !), elle occupe depuis quelques mois les devants de la scène en étant l’une des personnalités anti-Trump les plus virulentes. En incarnant le rôle de Kay Graham, elle enclenche une double lecture : Pentagon Papers est autant un film sur les années 70 que sur 2018, qui traite des femmes et de leur position dans la société. Pour la 5ème fois, Spielberg tourne également avec Tom Hanks. On trouve une certaine continuité entre son rôle et celui qu’il incarnait dans Le pont des espions à travers ce personnage de bon Américain en recherche de la vérité, même s’il doit se battre contre les institutions.

Spielberg magnifie son discours par une mise en scène énergique et très rythmée. En conférence de presse, le cinéaste nous disait que le film étant sur l’urgence, l’urgence de publier, l’urgence de mettre fin à la guerre du Vietnam, ils avaient fait le film eux-mêmes dans l’urgence. Le scénario était réécrit chaque jour en cours de tournage, et les scénaristes ont dû faire une vérification de la cohérence historique en seulement quelques semaines. Ce qui n’empêche pas au film d’être très soigné, notamment avec une photographie très picturale qui rappelle certains peintres américains contemporains au récit. Baignée par des couleurs très froides (bleu, vert) et une lumière très diffuse avec une certaine lueur, l’image du film est aussi marquée par des mouvements de caméra très fluides et spatiaux.

Il faut dire que la gestion de l’espace est irréprochable. Plus encore, chaque plan, chaque coupe au montage, chaque geste et mouvement de personnage dit plus de choses que tous les dialogues réunis. Que ce soit la caméra gravitant autour du personnage de Meryl Streep dans un travelling circulaire pour imager son intériorité et l’évolution de son avis, son inclinaison en plongée et contre-plongée et les déplacements des personnages pour signifier qui domine la conversation, ou même le raccord qui nous fait passer d’un plan large lorsque Meryl Streep et Tom Hanks discutent de manière anecdotique à des gros plans quand le ton monte, il y a une véritable dialectique et grammaire de l’image, comme toujours, chez Spielberg. Ce qui fait du film non seulement un grand film sur le fond, mais aussi une véritable réussite sur la forme.

Conclusion : retour gagnant pour Steven Spielberg. Pentagon Papers est un film sur la vérité, sur l’importance du journalisme autant que sur celui des femmes. Un film féministe, intelligent, maîtrisé et passionnant. Mais aussi un grand film qui nous touche en plein cœur et nous fait réfléchir. Une leçon de cinéma.


Pentagon Papers
Un film de Steven Spielberg
Sortie le 24 janvier 2018


Egalement en salles le 24 janvier :


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